Lignes diagonales

Dans « La brèche entre le passé et le future », préface à La crise de la culture, Hannah Arendt analyse une parabole de Franz Kafka et propose une re-formulation de la même. Pour Kafka, l'homme se trouve dans un champs de bataille, emprisonné entre deux forces, celle du passé qui le pousse vers le future et celle du future qui le pousse vers le passé. Arendt rompt avec cette vision linaire de l'histoire en introduisant une dimension spatiale. Si l'homme est au milieu de ces deux forces, le choc des deux sur lui produira une troisième ligne, une ligne diagonal vers le haut.
De cette façon, Hannah Arendt entend la possibilité de l'homme de penser son temps. En nous appuyant sur cette intuition d'Arendt, nous proposons un déplacement. La capacité de l'homme non seulement de comprendre son temps mais de l'écrire, ne résiderait-il pas dans l'exploration et la multiplication de lignes diagonales?

Ce module du groupe de recherche, tente d'ouvrir et de déployer des lignes diagonales à travers le travail des textes critiques qui sont introduits au cours des séances. Il s'agit de proposer un ensemble de textes peu abordés dans le contexte français de telle sorte à dessiner une cartographie de ce qu'on appelle « écritures décentrées ».

Chaque rencontre s'organise autour d'un texte proposé à la lecture et à la discussion collective en cherchant, en même temps, des modes opératoires spécifiques à chaque séance. Il s'agit avant tout de constituer un espace dans lequel il s’agit de faire place à la parole, ouvrir des questionnements, mutualiser des ressources afin de donner lieu à des appropriations, des commentaires, des divergences et des transformations.
La proposition de lectures et de discussions de textes se complète par un travail d'écriture personnelle sous différents formats. L'écriture est, à la fois, envisagée ici comme un moment de synthèse dans la réflexion et comme productrice d'ouvertures vers de nouveaux questionnements.

On tente, par ces biais, de susciter des formes de connaissance, d'énergie et de désir qui nous amènent à des re-configurations —re-positionnements— aussi bien symboliques que matérielles.

Mabel Tapia